mardi, 23 décembre 2008

Débat budgétaire : CUS

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Intervention de Madame Anne Schumann

Conseil CUS du 19 décembre 2008

Point 1 – Budget

Monsieur le Président,
Chers collègues,

Permettez-moi tout d’abord d’émettre un vœu. Contrairement au débat d’orientations budgétaires du mois dernier, je souhaite vivement que ce débat ne soit pas tronqué. Je souhaite qu’il y ait un véritable échange avec un premier tour de prises de parole suivi de vos réponses avant d’aborder le second tour. En effet, un débat, à mon sens, suppose qu’il y ait un véritable échange des points de vue ce que nous n’avons malheureusement pas connu le mois dernier.

Venons-en au budget primitif. Il est censé transposer en engagements financiers votre projet politique pour la CUS. Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de votre premier budget qui doit donner le LA pour les 5 années à venir.

Lors de votre prise de fonctions en avril dernier, Monsieur le Président, vous vous étiez notamment engagé à développer une vraie stratégie économique, à mettre l’accent sur des transports collectifs et le logement, à réaliser un « Plan Santé », à doter l’Euro-district d’un véritable statut d'agglomération transfrontalière. Ce premier budget devrait donc refléter vos engagements d’avril dernier. Il devrait surtout tenir compte de la crise économique que traverse actuellement la planète.

Malheureusement, comme le dirait Alain Jund, nous avons l’impression que vous souffrez d’autisme. Que Strasbourg et sa Communauté urbaine se trouvent enfermées dans une bulle, loin de l’agitation que connait aujourd’hui le monde. Que notre exécutif se croit être à la tête d’un petit village gaulois qui pourrait résister à la crise, seul contre tous, par on ne sait quelle potion magique.
Conformément à ce que font nos voisins allemands du Baden-Wurtemberg, la Région Alsace, le Département (qui va redoubler ses efforts au mois de février), l’Etat Français, les Etats-Unis sous l’impulsion de Barack Obama, nous pensions voir notre Communauté Urbaine être innovante, créative et moteur de la relance indispensable pour soutenir nos artisans, nos PME, bref le tissu économique local.

Les réactions de la gauche française faisant suite à l’annonce du plan de relance de Nicolas Sarkozy nous confortaient dans notre sentiment. Je cite, au hasard, Martine Aubry qui a récemment pris sous son aile Alain Fontanel, «Ce soir, la France n'a toujours pas le plan de relance à la hauteur de la crise qui s'installe » Pour Madame Aubry, les 26 milliards d’euros engagés ne sont pas suffisants à ses yeux. Il en faut plus, beaucoup plus. Mais ce qui est valable au niveau national, ne semble plus l’être au niveau local. Pour les habitants de la CUS, de relance, il n’y a point. Ce que vous nous proposez d’adopter aujourd’hui est un véritable budget de rigueur, d’austérité, de régression.

Comme d’habitude, vous allez nous entonner le couplet de l’héritage et de la dette pour justifier votre immobilisme. Nous sommes pourtant bien loin, fort heureusement, du héraut Lillois du PS, Martine Aubry, qui déclare au sujet de Lille Métropole « Nos finances sont saines, nos pratiques économes. » en étant à la tête d’une collectivité endettée à hauteur de 1500 euros par habitant soit 227 % de plus que notre communauté urbaine qui connaitra l’année prochaine un endettement de 458 euros, inférieur de 39 % à la moyenne nationale.

Si cet endettement avait été aussi important que vous le dites, qui peut croire raisonnablement que vous n’auriez pas été dans l’obligation d’augmenter massivement les impôts. Si la gestion de vos prédécesseurs avait été à ce point chaotique, qui peut croire que vous auriez laissé l’autofinancement de la collectivité s’écrouler en vous payant le luxe de réduire les cessions d’actifs de près de 54%, soit environ 7,5 millions d’euros.
Ne vous en déplaise et je sais que cela ne fait pas plaisir à entendre mais la CUS et Strasbourg constituent les troisièmes collectivités de France les moins endettées. C’est ce qu’indiquent vos chiffres, vos tableaux, votre budget.

En complément de la dette, vous allez aussi laisser croire qu’il n’y a eu que des projets structurants –pharaoniques dite-vous - réalisés au détriment du quotidien. Les nombreux aménagements de voiries, les extensions du tramway, les rénovations et constructions de médiathèques ne profiteraient donc pas aux habitants. Votre communication ré-écrit l’Histoire et travestit la réalité mais elle ne trompe personne.

Nous vous espérions ambitieux, et vous faites de la finance en prévoyant, par exemple, un accroissement de 30% des intérêts bancaires, alors que la ligne de trésorerie est contractée à l’année, que le la BCE en quelques semaines, a nettement baissé ses taux directeurs de 3,75 à 2,50 % et que d’autres baisses ne sont pas à exclure.

Vous vous voulez le chantre des transports en commun mais votre budget ne prévoit que 700 000 euros d’investissement pour les extensions futures du Tramway contre 24 millions d’euros pour des opérations de voiries soit 3328 % de plus pour la voiture. Cet écart marque votre absence d’ambition pour le Tramway et les transports en commun déjà aperçu lors de l’augmentation antisociale des tarifs de la CTS.

Nous attendions un soutien franc et massif à l’économie mais les investissements vont diminuer très fortement de 30,7 % alors qu’ils continuent d’augmenter au conseil Général et Régional.
Puisque nous parlons du Département et de la Région, je trouve tout de même extraordinaire de les mettre continuellement en cause en compagnie de l’Etat. La Région Alsace, par exemple, a financé 50 % de la part locale de la réalisation du TGV Est dont profite aujourd’hui Strasbourg à plein, surtout en cette période de l’année. S’agissant de ses prélèvements obligatoires, depuis 2000 et la réforme Jospin, la Région ne perçoit plus le moindre euro issu de la taxe d’habitation. Ses uniques revenus, issus des prélèvements obligatoires, proviennent de la TP et de la Taxe Foncière. Pour le Département, mais mes collègues conseillers généraux le démontreront bien mieux que moi, il consacre 40% de ses aides à l’investissement aux communes membres de la CUS. Le point 3 de notre ordre du jour en est d’ailleurs la parfaite illustration. Notre CUS va donc profiter, fort heureusement de leurs investissements supplémentaires car, avec votre budget, ce sont tout de même 80 millions d’euros en moins qui seront injectés dans l’économie locale !

Sous votre houlette et celle de monsieur Fontanel, nous assistons à l’instauration d’une véritable politique malthusienne de renoncement qui va enclencher le cercle vicieux du déclin et de la décadence. Cette brutale régression pèsera fortement sur la vitalité économique de nos entreprises, de l’emploi et ne manquera pas de se répercuter sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens.

Ce budget primitif soulève de nombreuses autres questions

- Par exemple, vous prévoyez 10,9 millions d’euros consacrés à des provisions pour la conduite de projets Urbains. Nous souhaiterions savoir, très précisément et dans le détail, ce que vous comptez faire de ces 10,9 millions d’euros, somme tout de même très importante.

- L’autorisation de programme du projet Danube est dotée de 10 239 752 Euros. Pouvez-vous nous indiquer si cette somme comprend la dépollution indispensable du site afin de débarrasser les générations futures de cette charge ?

- Les dépenses de matériel augmenteront de 9% et celles d’entretien de 5,69 % - Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ces augmentations ?

- Même question pour les services extérieurs qui progressent de 2 234 000 euros – à quoi correspondent-ils ?

Nous demeurons toujours dans l’ignorance des tenants et des aboutissants de l’avancée du dossier relatif à la construction d’un nouveau stade. Serons-nous condamnés à suivre cette question importante dans les médias ?

Quid des extensions du Tramway en dehors du prolongement de la ligne A ? Illkirch, Kehl, Koenigshoffen ou la Robertsau seront-elles concernées ?
Le parc des expositions et le centre nautique font-ils toujours partie de vos projets ?

Monsieur le Président, votre budget marque une absence inquiétante d’une véritable vision politique pour notre Communauté Urbaine mais surtout une absence d’ambition.
Le budget que vous avez concocté est socialement injuste et n’est pas économiquement judicieux en cette période de crise.

Vous l’aurez compris, les raisons sont suffisamment nombreuses, sur la forme autant que sur le fond pour que nous ne puissions pas le voter et par conséquent cautionner votre politique, car la bonne réponse à la récession ça ne peut pas être la régression !

Je vous remercie.

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