mardi, 16 décembre 2008
Débat budgétaire

Intervention de Monsieur Jean Emmanuel ROBERT
Conseil Municipal du 15 décembre 2008
Point 1 – Budget
Monsieur le Maire,
Mes Chers Collègues,
Le budget primitif constitue l’acte politique majeur puisqu’il est censé transposer en engagements financiers le projet politique du Maire, de sa municipalité, et c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une équipe nouvellement élue.
Très logiquement, ce budget devrait donc nous éclairer sur votre ambition pour Strasbourg, sur vos intentions concrètes, et comme vous vous y étiez engagés monsieur le Maire, je vous cite, « sur les retombées immédiates sur la vie personnelle des Strasbourgeois ». Il devrait à tout le moins, refléter vos engagements de campagne, illustrer les projets que vous souhaitez mettre en œuvre l’année prochaine, mais également sur la durée de votre mandat. Il devrait enfin prendre en compte la situation économique difficile que nous traversons.
Malheureusement, il faut bien le reconnaître, nous sommes sortis, le mois dernier, du débat d’orientations budgétaires bien plus désorientés qu’orientés. Nous avons été bien en peine de pouvoir disposer d’une stratégie financière claire, à long terme, et dans l’incapacité de desceller derrière vos nombreuses déclarations d’intention, le cap fixé, l’impulsion et l’ampleur que vous souhaitez donner à l’action municipale.
C’est donc quelque peu déboussolés mais sans aucune illusion que nous avons pris connaissance des éléments chiffrés que vous nous proposez aujourd’hui. A leur lecture nous avons constaté comme nous le pressentions et le redoutions, un véritable budget de régression.
Quoi que vous puissiez dire et affirmer en effet Monsieur le Maire, ce n’est pas ce budget qui contribuera de manière efficace à améliorer la vie quotidienne des Strasbourgeois. Il ne conduira pas au fameux « mieux vivre ensemble » que vous aviez pourtant promis et, qui, visiblement est déjà relégué au rang des promesses oubliées. Ce n’est pas ce budget qui concourra à renforcer l’attractivité économique de Strasbourg et à tisser plus lien social, car derrière les discours de façade, derrière les effets d’annonce, derrière l’autosatisfaction de votre majorité et les tours de passe-passe financiers, ce budget est dans les faits un budget de rigueur, un véritable plan d’austérité. En fait : un budget de régression comme Strasbourg n’en a avait pas connu depuis longtemps, digne d’ailleurs des plus fidèles apôtres de l’ultra orthodoxie budgétaire !
A un moment, où il conviendrait au contraire, d’initier un véritable plan de relance et de soutien à l’activité, à l’instar de ce que font la plus part des Etats Européens, le land frontalier, de nombreuses grandes collectivités territoriales, et que s’apprêtent à adopter les Etats-Unis sous l’impulsion de leur nouveau Président, Barak OBAMA, à Strasbourg, totalement à contre emploi, visiblement éloignés des réalités et du terrain, repliés sur vous-mêmes, comme enfermés dans une bulle, vous réduisez considérablement la voilure des investissements.
Avec un tel tour de vis, vous courrez le risque de mettre à mal nombre de PME, déjà fragilisées par le ralentissement de l’activité. Mais surtout, vous privez les carnets de commande des entreprises de travaux publics, d’un ballon d’oxygène pourtant vital pour la sauvegarde de leurs emplois. En un mot : vous prenez la responsabilité d’accroître à Strasbourg la dégradation du climat économique et social.
Et ce n’est pas, le maintien des taux de fiscalité qui changera la donne, en raison non seulement de la revalorisation automatique des bases qui induira une progression de plus de 2% des impôts locaux en 2009, mais également, parce que vous avez d’ores et déjà amputé le pouvoir d’achat des Strasbourgeois en augmentant substantiellement les tarifs de la CTS. Au fond, vous faites semblant de donner aujourd’hui d’une main ce que vous avez d’ores et déjà, largement repris de l’autre. Je note au passage l’absence de transparence sur vos intentions, cette année ou les années suivantes, en matière de stationnement payant, bien que vous prévoyez en autorisations de programme, d’acquérir de nouveaux horodateurs, pas plus que sur l’idée émise par l’un de vos adjoints, d’ouvrir un casino à Strasbourg. Pas étonnant dès lors que la partie recette de votre budget ressemble à une sorte de poker menteur !
Là où nous attendions de votre majorité une stratégie cohérente, une démarche volontariste, innovante et audacieuse pour faire face à la crise, relancer localement la croissance et lutter contre le chômage, nous avons droit à une politique frileuse, lisse et sans aspérité.
Là où nous attendions de vous, Monsieur le Maire, que vous traduisiez en actes dans ce budget, ce qui fut votre leitmotiv pendant la campagne, et permettez-moi de vous citer encore, « que Strasbourg retrouve son véritable talent, celui d’être une Ville créative », les Strasbourgeois découvrent avec stupéfaction une nouvelle forme de conservatisme, d’immobilisme mais surtout, je le répète, de régression.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes, vous ne pouvez d’ailleurs pas les contester puisque ce sont les vôtres autant que l’est désormais ce budget :
-diminution de 25% des investissements opérationnels en faveur du sport et de la jeunesse avec les conséquences difficiles que cela aura sur les clubs, leurs équipements, sur le moral des dirigeants et des bénévoles, mais aussi sur les jeunes que vous allez désespérer.
-réduction de l’ordre de 15% pour l’éducation et l’enseignement avec à la clef, obligatoirement, un net ralentissement du programme de réhabilitation des écoles. C’est indéfendable de la part d’une majorité dite de progrès et cela en dit long, sur la manière que vous avez de préparer l’avenir de nos enfants !
-chute vertigineuse, du jamais vu, de près de 30% des investissements consacrés aux aménagements, aux services urbains et à l’environnement, alors que vous affirmiez pendant la campagne, Monsieur le Maire et je vous cite toujours « que l’urgence est à l’investissement dans les équipements de proximité qui facilitent la vie quotidienne », tout en promettant de faire de Strasbourg une Ville durable.
-effondrement de près de 23% des crédits consacrés à l’administration, à la logistique, au patrimoine mais surtout à la sécurité, cette tranquillité publique à laquelle les Strasbourgeois sont très attachée et que déjà, quelques mois à peine après votre arrivée aux responsabilités, vous reléguez au second rang.
Mes chers Collègues, rien ne justifie à nos yeux une telle politique de régression sociale qui va se faire sentir d’abord dans les quartiers, notamment par les plus fragiles, qui au lieu d’être les premiers soutenus par la collectivité, notamment dans la défense de l’économie locale, donc de leur emploi, seront en réalité les premiers à en faire les frais.
Mais c’est surtout lorsqu’on s’attache à la mise en œuvre effective de vos engagements de campagne que l’on constate avec éclat le décalage entre ce qui a été promis et ce qui est réellement tenus. Pour beaucoup d’entre eux en effet, on ne décèle pas dans ce budget le commencement d’un début de mise en œuvre.
Et pour n’en citer que quelques uns pouvez-vous nous dire Monsieur le Maire,
-ce qu’il en est de votre projet de création d’un nouvel opéra, d’un centre nautique, d’un grand espace dédié aux sports de glisse : je ne vois aucune autorisation de programme les concernant.
-S’agissant de l’installation d’un dispositif de vélos en libre service, d’une vélo-école, d’ateliers de réparations et d’entretien, faut-il craindre comme ce budget le laisse à penser, qu’ils soient renvoyés aux calendes Grecs ?
-Quid de votre promesse de créer un office foncier, une maison de la santé, un bureau du temps, un réseau de taxi de nuit de borne à borne ? Probablement reportés sine die !
-Monsieur le Maire, puisqu’il y a urgence en matière de logement, pourquoi n’avez-vous rien prévu au sujet votre fameuse garantie des risques locatifs visant à supprimer les cautions demandées aux jeunes et que ces derniers attendent avec impatience?
Quand est il de votre promesse de bourses destinée aux étudiants- ils sont plus de 40 000 à Strasbourg-, de la création d’un portail Internet dédié à l’emploi des jeunes, de l’ouverture de plate-forme d’initiatives locales dans les quartiers : pouvez-vous nous dire avec précisions quels seront les quartiers concernés en 2009?
Pourquoi diable avoir mis au frigidaire votre promesse de créer une maison de l’étudiant, d’ouvrir des guichets uniques pour l’emploi, le logement, l’aide sociale et les transports publics ?
Vous vous êtes engagé à faire de l’économie sociale et solidaire l’un des grands chantiers de la mandature : pourquoi votre budget, alors que nous sommes en période de crise, fait-il l’impasse sur le soutien au micro crédit, comme vous l’aviez proposé ?
Et que dire de votre engagement de mettre à la disposition de chaque élève strasbourgeois, un ordinateur ? S’agit-il là aussi d’une énième promesse formatée ? Ou faut- il penser que ce matériel informatique arrivera en kit, que les jeunes auront l’année prochaine la souris et le tapis après avoir reçu en 2008 la clef USB ?
Voilà autant de questions qui ne trouvent pas de réponse dans ce budget de rigueur, et avec mes collègues de l’opposition nous le redoutons autant que nous le déplorons, autant de promesses qui resteront probablement sans lendemain !
Alors naturellement comme à l’accoutumée vous allez nous expliquer que vous avez été contraints, la mort dans l’âme, de faire des choix et donc de fermer les robinets.
A vous entendre c’est bien évidemment la faute de l’Etat de qui vous exigez tout sans aucun complexe, notamment qu’il fasse l’exact contraire de la politique de régression en matière d’investissements opérationnels que vous menez.
Pour mieux vous exonérer de vos promesses, vous allez nous refaire pour la énième fois le coup de l’héritage, de l’audit, de la situation dégradée que vous auriez trouvée en arrivant. Si elle l’avait été autant que vous le dites, qui peut croire raisonnablement que vous n’auriez pas été dans l’obligation d’augmenter massivement les impôts. Si la gestion de vos prédécesseurs avaient été à ce point chaotique, qui peut croire que vous auriez laissé l’autofinancement de la collectivité s’écrouler en vous payant le luxe de réduire les cessions d’actifs de près de 60%, soit environ 18M d’euros.
Si la situation avait été celle que vous ne cessez décrire, et de décrier, comment pouvez-vous expliquer que notre Ville puisse de désendetter pour la 3ème année consécutive ?
Alors, pour vous dédouanez de mener cette politique d’austérité antisociale, je comprends qu’il soit commode que vous vous sentiez obligé de nous repassez incessamment votre vieux disque rayé sur la dette. Mais une fois pour toute, ne vous en déplaise, Strasbourg est la 3ème ville de France la moins endettée, c’est ce qu’indiquent vos chiffres, vos tableaux, votre budget. Largement devant Nantes, Grenoble où Lille, dont le Maire est d’ailleurs votre nouveau leader, votre nouveau chef (au moins pour la moitié d’entre vous), votre nouveau model, qu’on ne vous recommande toutefois pas de suivre en matière d’endettement municipal et communautaire. Ensuite, parce que cette dette peu importante, qui se réduit, vous permet, mais vous vous gardez bien de le claironner, de prévoir dans votre budget 2009 une hausse de 30% des emprunts nouveaux, pour un montant de 37millions d’€.
Pour terminer, vous me permettrez, avec mes collègues du groupe des démocrates pour le progrès, de dénoncer l’opacité qui règne dans ce budget primitif, notamment au sujet du gonflement artificielle des charges financières. Comment pouvez-vous en effet prévoir une simple stabilisation des intérêts liés aux emprunts et à la dette, quand les taux baissent et que la Ville se désendette? Pour les mêmes raisons, et c’est imparable, comment pouvez vous prévoir un accroissement de 30% des intérêts bancaires, alors que la ligne de trésorerie est contractée à l’année, que le la BCE en quelques semaines, a nettement baissé ses taux directeurs de 3,75 à 2,50% et que d’autres baisses ne sont pas à exclure.
Que dire des dotations aux provisions qui augmentent de 195% sans aucune explication mais surtout, cerise sur la gâteau, comment pouvez prévoir une augmentation conséquente, près de 25%, du poste intitulé « dépenses imprévues », alors que, comme son nom l’indique, elles ne sont pas prévisibles !
Où va donc passer tout cet argent, plus d’un million et demi d’euros : voilà une belle cagnotte qui aurait pu servir à améliorer directement le pouvoir d’achat des Strasbourgeois.
Monsieur le Maire,
De grands enjeux et de nombreux défis se posent à Strasbourg : votre absence de volontarisme ne vous permettra pas d’y répondre. Le budget que vous avez concocté est socialement injuste et n’est pas économiquement viable en période de crise.
Vous l’aurez compris, les raisons sont suffisamment nombreuses, sur la forme autant que sur le fond pour que nous ne puissions pas le voter et par conséquent cautionner votre politique, car la bonne réponse à la récession ça ne peut pas être la régression !
Je vous remercie.
09:52 Publié dans Nos interventions en conseil municipal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : groupe des démocrates pour le progrès, gdp, ump, nouveau centre, strasbourg, débat, budgétaire










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