mardi, 24 juin 2008
Intervention relative à l'Audit
Jean-Emmanuel ROBERT
Conseil municipal du 23 juin 2008
Monsieur le Maire,
Chers Collègues,
Plutôt que de faire appel comme ce fut le cas lors des précédentes alternances en 1989 et 2001, à la compétence de notre administration municipale et communautaire, tout à fait à même de vous présenter la situation financière exacte de la Ville, vous avez privilégié le recours à grand frais, pour la collectivité, donc pour le contribuable strasbourgeois, à un cabinet d’audit extérieur.
Cette analyse qu’aurait pu réaliser l’administration dès votre arrivée aux responsabilités, sous d’ailleurs l’autorité de votre adjoint chargé des finances, qui sauf erreur de ma part est tout de même issu de l’une des plus prestigieuse école de la République, aurait pu largement, amplement et dans des délais brefs, vous suffire à réorienter la politique de la Ville, à la mettre en conformité avec vos engagements, vos convictions, à engager de nouveaux projets, bref à mettre en œuvre le programme pour lequel vous avez été élus.
Au lieu de cela, vous avez préféré recourir à ce qu’il convient d’appeler, une manœuvre politicienne au travers d’un audit non seulement réalisé à la va vite, en moins de 20 jours, mais surtout exclusivement réalisé à charge. Vous auriez voulu jeter le discrédit sur la gestion financière de la mandature précédente que vous ne vous y seriez pas pris autrement.
Or dans ce type d’étude, chacun le sait bien, les conclusions sont forcément orientées par celui qui passe la commande, au travers non seulement des questions qu’il pose bien évidement, il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de regarder de près le cahier des charges, mais aussi disons-le clairement de la relecture qui en est faite avant la publication officielle et de l’interprétation qui en découle.
On a d’ailleurs le sentiment en lisant le rapport d’avoir parfois un « copier coller » de vos interventions en séances budgétaires les années passées où celles entendues pendant la campagne électorale, c’est dire que si vous aviez besoin de cet audit pour conforter vos convictions, il se révèle parfaitement inutile !
J’en veux pour preuve s’agissant de la fiscalité par exemple, que le cabinet d’audit ne reprend que les années qui vous arrangent bien, en l’occurrence de 2002 à 2006, ben voyons, excluant au passage l’année de baisse de la taxe d’habitation en 2001 et la pause fiscale de 2007 et 2008.On constatera également que le rapport distribué aux uns et aux autres est incomplet, tronqué, notamment en page 25 ou le dernier paragraphe n’est pas en cohérence avec ce qui précède…bravo l’objectivité.
Sur le fond, n’attendez pas de nous, n’attendez pas de notre groupe, Monsieur le Maire que nous nous excusions de la politique menée au cours des dernières années. N’attendez pas de nous que nous fassions amende honorable d’avoir contribué à ce que Strasbourg rattrape le retard accumulé avant 2001 en matière d’investissement. Nous assumons cette politique dynamique notamment dans les écoles et contrairement à vous, nous revendiquons l’utilité sociale des ces investissements. Nous assumons avoir eu recours à l’emprunt pour les financer à un moment où les taux d’intérêts étaient historiquement bas, ce qui ne grèvera en rien vos marges de manœuvre pour l’avenir et vous le savez bien. Ces investissements ne se doivent pas se mesurer à l’aune d’un mandat mais se jaugent sur plusieurs générations.
S’agissant en revanche de votre méthode, vous qui vous êtes fait le chantre du respect de l’opposition, il faudra repasser. Elle est franchement contestable : transmission du dossier en plein week-end, 48HOO avant la séance du conseil municipal, présentation faites aux médias avant les élus, journalistes qui au passage, je l’espère, ne font plus l’objet d’enregistrements intempestifs durant vos conférences de presse. J’en connais en d’autres temps dans cet hémicycle qui pour moins que ça aurait parlé de mépris, de dérives, voire même de bonapartisme.
Vous qui d’ailleurs prétendez faire de la concertation l’alpha et l’oméga de votre politique, vous auriez pu peut-être la mettre concrètement en œuvre dans le cadre de cet audit en créant un groupe de travail, incluant des élus de l’opposition, chargé de la rédaction du cahier des charges, en gage de neutralité. Et bien non, là encore, aucun caractère contradictoire de l'audit ni en commission plénière, pas plus qu’au sein d’une commission des finances que vous aviez pourtant promis de créer et qui n’a toujours pas vu le jour.
Mais peut-être est-ce là aussi à mettre sur le compte des finances exsangues de la Ville que vous présupposez…
Mais nous faire le coup de l’héritage, 3 mois après votre élection, pour vous exonérer, partiellement au moins, de vos promesses électorales, ça ne trompe personne. En effet, Monsieur le Maire « il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des Canards Sauvages ».
Cet audit constitue avant tout un artifice pour faire passer la pilule d’une très probable forte hausse des impôts consécutive d’une dérive prévisible des dépenses de fonctionnement, accompagnée d’un ralentissement sans précédent des investissements, tout en faisant porter le chapeau à vos prédécesseurs. Chapeau l’artiste !
C’est aussi et surtout un rideau de fumée tiré juste avant le départ en vacances, pour mieux masquer votre immobilisme après cent jours passés, à la tête de la Ville. Vos 100 jours, personne n’en parle et pour cause, il ne s’est rien passé ou presque depuis le 18 mars : aucune réunion publique dans les quartiers, aucune décision de gestion, aucun projet mis en route, si ce n’est des voix discordantes au sein de votre majorité au sujet de la localisation et de la conception du nouveau stade de foot ou de l’implantation de nouvelles caméras de vidéo surveillance.
Mais pendant que vous amusez la galerie avec les résultats partiels de votre audit qui n’en est pas moins partial ; quid du logement social qui constituait selon vous, je vous cite « la priorité absolue ». « Un constat alarmant » disiez vous ; mais quand c’est urgent on passe à la vitesse supérieure, on ne se limite pas à un train de sénateur.
Or les Strasbourgeois qui vous ont élus, et les autres aussi d’ailleurs, voudraient bien savoir, 3 mois après votre élection, ce que vous qu’avez mis en œuvre pour que soient réalisés les 1500 logements sociaux promis chaque année. Avez-vous jeté l’office foncier que vous souhaitiez créer sur les fonds baptismaux, et la garantie des risques locatifs visant à prendre en charge les cautions des locataires que vous avez promis aux plus jeunes et des plus fragiles a-t-elle une chance de voir le jour ?
Vous nous dites que les résultats de cet audit vous permettront d’avoir à l’échéance de la fin 2008 une stratégie pour le mandat. Nous pensions que vous en aviez une en vous présentant aux suffrages des Strasbourgeois. Nous attendons donc de voir et nous jugerons sur pièce. Ce qui est sûr, c’est qu’il sera grand temps de la mettre concrètement en œuvre, car à la fin de l’année, il ne vous restera plus que le temps d’un quinquennat devant vous pour concrétiser les changements que vous avez promis.
Je vous remercie.
13:33 Publié dans Nos interventions en conseil municipal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : groupe des démocrates pour le progrès, gdp, conseil municipal, audit, jean emmanuel, robert, bigot










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